Polysémie et port du préservatif ...

Avez-vous vu les spots de la dernière campagne TV de l'INPES pour le port du préservatif ? Ou plutôt, avez-vous vu le spot prenant comme nœud dramatique (sans aucun mauvais jeu de mot) "l'infidélité" (ci dessous) ?

Plan rapproché taille (oui je connais aussi les termes techniques qui font bien dans les cocktails), image en noir et blanc esthétisante et éclairage intimiste ... en un mot propre et sérieux. Au centre, un mari adultère. Bouuuh le vilain commence à vociférer la mé(na)gère de moins de cinquante ans, surentrainée qu'elle est par les années passées à vouter petit à petit, à grands coups d'aboiements aigus, les épaules d'un mari qui n'a commis comme seule faute que la tentative d'oubli de sa moitié en jogging et chaussettes dépareillées et des ses trois erzats braillards (ils tiennent ça de la génitrice) à coup de "allez Marcel tu en boiras bien un dernier, il est pas tard" ... Mais attention, identification publicitaire oblige, il s'agit d'un adultère unique, du genre qui n'a trompé sa femme qu'une fois (du genre qui n'existe pas quoi, pur fantasme de communicant. Comme dit mamie, "quand on a commencé à lorgner dans l'assiette de la table d'à côté" ...). On le lit dans ses yeux et dans son port de tête. On embrasse en un plan tout le non-dit. Une toute petite faute, pas un récidiviste. L'honneur est (presque sauf). il est contrit de repenti (pléonasme de communicant), là, seul, au milieu de l'image sur son tabouret inconfortable. Le mari moyen peut s'identifier. L'épouse moyenne peut pratiquement pardonner.

On est pas en face d'un excité de la quéquette qui disperse son ADN à tout va. On le sent. On imagine le scénario. Il avait bu (excuse de communicant, chapeau bas  pour l'alibi les gars, on n'y avait pas pensé à celle là, merci du tuyau, on va s'empresser de la tenter pour voir et on vous fera un debrief), il voulait pas, c'est elle qui lui a sauté dessus, il faisait froid, il faisait sombre, il était pas rassuré, elle ne portait pas de survêt' un jour de semaine, il le fera plus, promis, juré, craché ... Pour un peu on lui taperait sur l'épaule en lui disant que ce n'est pas de sa faute, que l'érosion insidieuse des années, que le quotidien, que la disparition de l'excitation des premiers jours, que sa femme en jogging violet, que ... qu'on comprend quoi. Allez reprends toi l'ami et viens boire une bière. Ah non merde pardon, j'ai rien dit. C'est vrai, tu as raison, ton cerbère attitré risquerait d'apprécier moyen. C'est dommage, je connais un bar bondé de femmes éthyliques que la pénombre rend faciles.  Non toujours pas? Bon ok. Si tel est ton désir le plus profond, je n'insite pas et te laisse rentrer seul, parcourir le long chemin de la culpabilité inutile. Finalement ça en fera plus pour moi. Enfin vous voyez le tableau, le mec sympa quoi. Il a avoué messieurs les jurés. Il a l'air sincère. Relaxez le et rendez le à sa famille, en plus cet après midi y'a Drucker à la télé. Bonne ligne de défense rien à dire ... quand soudain, aprés ces quelques phrases d'excuses rôdées et crédibles, le dérapage : "Le pire, c'est que j'ai pas mis de préservatif" ... "le PIRE c'est que j'ai pas mis de préservatif" ???

Ah merde désolé ... j'avais pas compris. Moi je croyais que le pire c'était d'avoir trompé ta femme. Je n'avais pas intégré la thématique du tout. A côté de la plaque complet que j'étais. Le pire c'est de ne pas avoir mis de préservatif... A la première écoute on se dit "tiens il a du se tromper dans son texte là" ou on pense à la pression qui, après une confession déchirante, se relâche trop vite, d'un coup, et provoque la faute de carre synthaxique. Phrase suivante : "j'ai du en parler à ma femme pour éviter de la mettre en danger". Tout s'éclaire. Confirmation de la méprise. Le remord disparait. L'aveu ne vient pas d'une quelconque culpabilité et de la volonté de remettre à plat une relation pour, ensemble, main dans la main, continuer à avancer sur le tortueux chemin de la vie dans la confiance mutuelle retrouvée et l'honneteté partagée blablabla blaaaaa ... couic ... L'aveu est médical, hygiénique. Ce que nous dit cet homme qui, avec ça tête baissée et son regard de cocker anorexique, avait pratiquement réussi à amadouer les plus puritains d'entre nous c'est "le pire qui puisse t'arriver si tu trompes ta femme c'est d'oublier de mettre un préservatif parce qu'après tu seras obligé de lui dire pour ne pas la mettre en danger. Alors que si tu penses au latex espèce de petit écervelé, c'est ni vu ni connu". Et par extension : "Ou alors tu as déjà atteint le point fatidique où les seuls contacts physiques que tu partages avec ta moitié sont les frôlements d'épaules quand vous n'avez vraiment pas le choix et qu'on vous demande de vous rapprocher pour entrer dans le cadre d'une photo et là, petit veinard, c'est carnaval ! Point de nécessité d'aveu, liberté totale d'équipement (ou non)".

Ca frise la communication subliminale ce truc là. Ceci dit ils ont eu l'agilité de poser sur le tout un slogan ploysémique : "On est tous, à un moment ou à un autre, concernés par le préservatif" ... j'ai envie de rajouter "grave" pour encore un peu plus élargir l'audience (reflexe de communicant). Et vous, vous en êtes où ?

 

La preuve en images ...

 

 

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