Maladie Socialement Transmissible

L’émergence de nouveaux outils porte toujours en elle une longue part d’apprentissage. On tâtonne, on teste, on croit avoir trouvé, on trébuche … Et puis comme pour les nouveaux médicaments, on découvre progressivement les effets secondaires, pratiquement indiscernables aux prévisions les plus attentives et érudites. C’est un chemin inévitable auquel les réseaux sociaux n’échappent pas. Alors que les communicants sont encore (à des stades très hétérogènes) en période d’affutage pour l’utilisation de ces médias, les surprises et autres « dommages collatéraux » peuvent connaître des origines plus qu’inattendues.

D’un côté, annonceurs et agences se creusent la tête pour trouver l’angle d’attaque le plus efficace pour investir Facebook et s’adresser de manière idoine à leur communauté. Dans toutes les réunions, un mot revient en boucle depuis déjà longtemps, sésame incontesté et majoritairement proclamé comme tel (même si à mon sens le « combat » s’est depuis légèrement déplacé vers d’autres innovations) : le viral. Métaphore médicale qui aujourd’hui passe du figuré au propre et devient malheureuse.

Car en face de la tribu communicante se dresse la communauté scientifique. Celle qui analyse, rationalise, équationnalise … Un armée de têtes bien pleines, dont manifestement la plupart ont beaucoup trop de temps libre et qui passe son temps à chercher des corrélations. Corrélation entre la consommation de bière mondiale et les ventes de gourmettes, entre la couleur à la mode cet été et son impact sur la couche d’ozone (il y’en a forcément une par l’intermédiaire du spectre lumineux, sinon ça servirait à quoi d’avoir fait autant d’années d’étude) … Curieusement, aucun modèle scientifique ne semblait avoir été établi quant au rapport possible entre la toux subite d’un volcan nord européen et ses effets sur le transport aérien international. Mais que voulez-vous ma pauvre dame, on ne peut pas tout envisager, tout embrasser, tant les champs des possibles scientifiques sont vastes et encore emplis de vierges étendues dans lesquels nous n’avons pas encore eu le loisir de nous ébrouer, nus sous nos blouses blanches, des éprouvettes à la main et des microscopes où vous voulez, je n’ai jamais été doué pour le rangement …

En revanche, un de ces cerveaux a eu l’idée, par je ne sais quel cheminement intellectuel qui ne s’explique souvent que par absorption de substances un peu plus actives que le Coca Light, de corréler l’utilisation de Facebook et la propagation de maladies vénériennes. Pour moi, un tel grand écart, c’est un peu comme sentir le besoin irrépressible de vérifier l’influence du nombre de ronds points sur l’apparition d’ongles incarnés dans un village de moins de 800 habitants. Mais que nenni foule incrédule, ce fut un coup de génie. Bingo scientifique dont je vous livre les résultats.

Des experts de la santé du Royaume Unis ont mis en évidence que dans certaines régions du pays (Tesside, Durham ou Sunderland) où l’utilisation de Facebook est supérieure de 25% à la moyenne nationale, les cas de syphilis ont été multipliés par quatre. Raison invoquée : le réseau social facilite les rencontres d’un soir.

Quels enseignements tirer de cette formidable avancée scientifique ? Qu’internet tendrait, grâce à certains outils, à favoriser le rapprochement des corps ? Je ne veux pas m’avancer mais je crois même, au risque de frôler la science fiction, que certaines entreprises capitalistes sans scrupules en ont fait leur activité principale et leurs beaux jours depuis des années. Que Facebook, qui a répondu à cette nouvelle en affirmant que « les MST ne se transmettent pas par internet » vient de donner de nouvelles pistes d’investigation à la foule scientifique qui va de ce pas chercher à contrer cette affirmation profane. Que si ce sont mes impôts qui servent à financer de telles recherches, j’exige de les récupérer sur le champ ?

La vraie question, en fait, est : si cette nouvelle crée un buzz, y’aura-t-il une marque de préservatif assez réactive pour s’engouffrer dans la brèche et lancer une campagne de communication virale efficace sur Facebook ?

Posted